| Hongrie Décembre 2008 |
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Compte Rendu de la mission Urgenci HONGRIE décembre 2008
Par Pierre Doumenc et Benoît Hertz
Arrivée Budapest mercredi 17/12 au soir. Accueil par Steve avec une pancarte URGENCI, accompagnement au gîte de l'association GAIA à Galgaheviz (40 Kms à l'est de Budapest). |
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Jeudi 18 Décembre |
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Jeudi matin 9h00 :
Rencontre avec Laura notre interprète et Judit employée de l'association. Laura étudiante en ethnologie culturelle et Judit diplômée d'agronomie.
Point fait avec Geza, notre contact, pour l'organisation des 3 jours de mission :
- Il insiste sur le fait que le report de la mission initialement prévue en septembre et finalement réalisée fin décembre a posé problème : par exemple les Jardins Ouverts de Gödölö sont fermés à cette saison, un autre producteur contacté n'a pas donné suite. Cela peut expliquer la difficulté de programmation initiale.
- Il insiste sur la qualité des rencontres plutôt que leur multiplicité.
Le programme qu'il a prévu :
- Jeudi après midi : rencontre avec une association de consommateurs,
- Vendredi visite de la ferme Galgafarm et de l'Eco village de la fondation GAIA,
- Samedi : marché bio à Budapest, sur lequel ils tiennent un stand.
Jeudi matin 10h00 :
Transfert en car vers Budapest (1 heure) avec Judit et Laura.
Jeudi après-midi 14h00 à 17h00 :
La réunion se déroule dans une maison de quartier en pleine ville de Budapest, dédiée à la sensibilisation au tri sélectif et à la récupération des déchets. On a pu y voir apparemment 4 permanents qui s'y activaient (2 femmes secrétaires et 2 hommes au tri).
A cette réunion, ont participé 13 personnes dont le président de l'association de consommateurs Tudatos Vásárlók Egyesülete (Conscious Consumers) qui nous accueillait, HORVATH Gergö.
Autres participants : une étudiante en économie en thèse sur les systèmes de distribution locale, une stagiaire, Sofia, de l'association, qui s'occupe plus particulièrement de distribution directe, trois représentants d'une association "verte" : un chargé de la pollution sonore, une agronome qui s'intéressait au transfert des pratiques.
Pour cette réunion, nous avons présenté le diaporama URGENCI, CREAMAP et CIDAMOS sur PC sans projection mais avec des supports papiers (diaporama, charte des Amap, dépliant Cidamos) que nous avions imprimés et qui ont été distribués au début de la réunion, ceci a permis aux assistants de suivre pas à pas les traductions de Laura et de prendre des notes, moyen nécessaire compte tenu de la difficulté de la communication dans une langue inconnue et difficile.
Nous avons d'abord présenté URGENCI, la mission, et remercié l'organisation de cette réunion.
Géza Varga et son épouse ont passé une heure avec nous dans la réunion et au cours de ses interventions, il s'est présenté et a précisé quel était son rôle.
Il a rappelé que les objectifs de la mission étaient de favoriser les échanges sur les circuits courts et que toutes ces actions et recherches dans les différents pays allaient dans le sens d'une relation nouvelle avec les consommateurs.
Au cours de la présentation et en fin de réunion, les questions qui ont été évoquées :
- Sur comment est fixé le contenu du panier? Sur le choix des légumes? Sur d'autres produits?
- Sur la biodiversité, comment la maintenir? Le rôle des banques de graines?
- Sur les différents moments de la vie collective? La participation des consommateurs?
- Sur l'organisation de la distribution? Sur la confiance dans la répartition des légumes, leurs tailles?
- Sur le prix des paniers?
- Sur le travail bénévole et les impôts?
- Sur la forme juridique et fiscale de l'exploitation?
- Sur la différence entre exploitation et association?
Géza intervient pour rappeler les différentes initiatives lancées dans le domaine depuis 1990, les "jardins ouverts", "les femmes à la maison",… mais qui se développent peu, ne sont que des activités saisonnières, qu'il y a peu de regroupements (une trentaine d'initiatives) et que cela ne s'étend pas, que la conscience des consommateurs hongrois doit se développer. |
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Vendredi 19 Décembre |
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Visite de l'exploitation de Galgafarm avec Judit et Laura :
300 ha, 10 emplois permanents et 10 emplois saisonniers pour les récoltes, Eau du puit et du ruisseau
Différentes productions :
- 50 vaches laitières, 40 ha de fourrage et 20 de luzerne, 800 l de lait par jour, 200 l transformés en fromage, beurre, crème sur la ferme, 600 l vendus à une laiterie bio.
- Porcs : charcuterie, (atelier non vu),
- Céréales, blé et mais, transformation de farine, moulin à la ferme, le pain est fait par une boulangerie à l'extérieur, vente de farine, céréales floculées,
- Légumes sur 1 ha, 80% vendus en frais, le reste est transformé dans la ferme (atelier avec étuves, cuisson continue, cet atelier sert aussi à la transformation (confiture et bocaux) de fruits achetés à l'extérieur).
Ces produits sont commercialisés dans les marchés bios de Budapest, dans différents points de vente et un petit magasin à la ferme…
Sur la ferme, un petit musée présente des machines à carder, des métiers à tisser des années 1900, de toute beauté.
- Visite de l'eco-village :
Ce projet s'inscrit dans le développement de la fondation Gaia.
Situé à 2 Kms de la ferme, au bord d'un petit lac entouré de forêt, sur les 50 maisons présentées dans la maquette du village, 5 sont construites dont celles de la famille de Géza ainsi que la centrale énergie solaire et pompe à chaleur. La construction de 6 appartements est en cours (déjà vendus).
14h00 à Budapest :
Rendez vous au siège de C.C. avec son président Gergö Horvath et Sofia, contact pris au cours de la réunion de la veille.
Echanges :
Association fondée en 2001, active en 2002.
Collecte et diffusion de toute information sur les aspects de développement durable,
Site internet : tudatosvasarlo.hu
Association intégrée dans la plateforme de réflexion sur la souveraineté alimentaire, ( dont Géza est président,)
L'été dernier, organisation d'un stand "circuit court" au festival du lac Balaton.
Notre rencontre avait pour but de les associer aux rencontres URGENCI, ils se sont montrés très ouverts et honorés de notre visite. Ils nous ont expliqué le fonctionnement de leur association, 300 membres, 5 permanents dont 2 à temps partiel, financés sur des projets et des bénévoles. Ils se conçoivent comme initiateurs, comme médiateurs, mais pas comme acteurs.
Information donnée : les Jardins Ouverts n'existent plus, problème du préfinancement et mécontentement du contenu des paniers, leur analyse est que les consommateurs n'ont pas eu la patience d'attendre que le système prenne sa vitesse de croisière .
Leurs liens avec les verts, groupe de travail des circuits courts, université Ouest et université de Gödölö : groupe de recherche sur circuits courts (France, Pologne,…).
Enfin, nous avons échangé des documentations et des adresses internet.
Vendredi à 17h00 à Galgaheviz :
Rencontre avec Géza pendant 2h00.
Entretien en anglais, la traductrice étant resté à Budapest.
Il fait une présentation de son activité.
Historique :
- Fin des années 80 : groupe d'amis
- 1988 : association de 27 familles (avant les associations étaient interdites)
- 1990 : création de la fondation GAIA, avec l'appui du programme européen LEADER
- 1992 : redistribution des terres par loi, fin des kolkhozes, 108 personnes ont fondé une coopérative libre, avec des gens déjà âgés qui ont apporté leurs terres en location. Leurs enfants n'ont pas repris l'activité et la coopérative est devenue petit à petit une entreprise, à ce jour, il n'y qu'un coopérateur (Géza) et une coopératrice à mi-temps qui continuent à y travailler. Les autres sont des salariés venus de l'extérieur, 3 du village et 7 de plus loin.
- Jusqu' à 1998 : Démarrage d'une activité de distribution directe avec livraison directe aux ménagères, qui n'a pas bien fonctionné. Des pertes économiques jusqu'en 98.
- En 2000, démarrage du projet de l'Eco village, conçu "comme un arche de Noé, la société ne voulant pas être sauvée…".
A ce jour :
CA de 60/70 Millions de Ft (230/260K€), dont 30% de revenu du lait,
15 à 20% de l'activité construction,
50% viande, céréales, farines, produits transformés.
Les légumes sont vendus à 80% en frais et 20% en transformés.
Actuellement, projet d'un centre de loisirs de 10 emplois et un centre de présentation des nouvelles technologies (éolien, solaire), en plus des 65 salariés prévus dans le fonctionnement de l'éco village.
Formation réalisée sur place pour les techniques pour la construction du village écologique, (programme LEADER).
Le coût est de 600 Ft (2,30€) le m2 construit, deux fois moins que la construction traditionnelle.
35 personnes sont salariées de la fondation : 8/10 à la ferme, 6 à la production/transformation et 2 en transformation viande. 3 au bureau. 15 à la construction.Plus des saisonniers au moment des récoltes.
Il nous rappelle qu'il y a 6 millions d'hectares de terres agricoles en Hongrie, dont 130 000 ha en bio, de ceux-ci 80 000 sont dédiés à l'alimentation de l'homme, 80% à l'exportation.
Au sujet du marché bio de Budapest, Géza nous précise qu'il date de 1995, avant il n'existait rien. C'est Biokultura (une association) qui le gère. A son point de vue, ce marché est trop petit, mais comme les leaders de l'association sont aussi producteurs, ils ne sont pas favorables à l'expansion, préférant garder un marché niche avec des marges confortables.
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Samedi 20 Décembre |
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Samedi matin 10h00 12h00
Visite du marché bio de Budapest :
Bien organisé. Chaque stand producteurs avec affichage prix, ses logos, ses labels et leurs adresses ou sites internet. Des producteurs, essentiellement des légumes d'hiver : carottes, panais, choux et choucroute, pomme de terre, rutabagas et topinambours, radis, betteraves, courges avec des fruits pommes et poires (goûteuses).
Les autres produits exotiques sur certains stands : banane, tomates, poivrons importation Italie, Espagne, Israel. D'autres produits transformés (fromages, jus locaux et d'importation allemande essentiellement et produits de droguerie et de bien-être et également un peu d'artisanat.
Il y a beaucoup de monde, moyenne d'âge plutôt jeune chez les consommateurs. Sur le stand de Galgafarm, il passe de 300 à 500 personnes sur le stand le samedi. Ceux que nous avons rencontrés parlent autant de l'ambiance, du sentiment de se retrouver entre soi, de pouvoir communiquer et de la confiance qu'ils ont dans les producteurs que de la qualité des produits.
Les prix sont de 50 à 400% plus élevés que dans un supermarché (MATCH) de centre ville.
| Produits |
Marché |
Match |
| Courge |
200 |
129 |
| Pomme de terre |
800 |
125 |
| Betterave |
300/600 |
109 |
| Celeri rave |
600 |
219 |
| Panais |
400 |
319 |
| Oignon |
400/500 |
135 |
Carottes
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150/300
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99 |
| Ail |
2000 |
838 |
| Choux verts |
400
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75 |
| Choux rouges |
500 |
99 |
Radis noirs
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500 |
119 |
| Pommes |
350/600 |
129 |
| Poires |
700 |
369 |
| Farine |
400 |
129 |
Comparatif des prix Marché bio / supermarché Match
(pour référence : "smic local" 200€ net)
Passage au stand de Galgafarm avec vente essentiellement de produits laitiers et pain (2 personnes à la vente) et une table de vente de cerneaux de noix tenue par Judit. Cette table l'été sert de vente aux légumes frais.
Rencontre avec 3 producteurs différents sur leur stand :
- Le premier, parlant anglais, venant de 140 Kms au sud de Budapest, ferme "familiale" de 300 ha, "culture extensive", légumes d'hiver et produits transformés : choux et choucroute, en sac et en bocaux. Ce marché est son débouché principal. Très grande ouverture, documents distribués à profusion. Vente exclusive de produits de sa ferme.
- Le second, petit producteur, à 25 Kms de Budapest, 35 ha (céréales,..) dont 10 ha de légumes et 3.000m2 de tunnels. Production en biodynamie, légumes "plus chiches". Il complète sa vente par des produits de charcuterie de la ferme et des importations de fruit (essentiellement l'hiver). Très branché bio, présence à des salons bio en Allemagne, intéressé au contact. Il nous dit faire partie des premiers acteurs de la distribution des paniers aux ménagères. Il a aujourd'hui 26 familles qu'il livre les mercredi et samedi (jours de marché) à Budapest. Grand panier de légumes 3 700 Ft (15€) pour 4 personnes et petit panier pour 2 personnes à 2 200 Ft (9€) et possibilité de commandes de choix par internet avec un minimum de 4 000 Ft (16€). Enfin, possibilité d'un grand panier familial avec complément de charcuterie à 6 000 Ft (24€).
- Les "jardins ouverts" ont confirmé l'arrêt des paniers contractualisés, activité reprise par un producteur de Galgaheviz qui livre, et ont gardé une vente directe au marché.
Samedi soir 19h00 20h30
Réunion de débriefing en anglais avec Geza de la visite du marché et de la synthèse de notre séjour.
Il s'est montré très attentif à notre retour, nous avons partagé un état des lieux entre tous sur les difficultés. Il s'est montré un peu déçu de la réponse des consommateurs et se sent isolé dans une démarche "légale".
Il définit trois niveaux de conscience participative : le premier niveau étant la prise de conscience écologique via les associations de consommateurs et les associations de producteurs, les marchés bio. Le second niveau étant la rencontre contractuelle (CSA, Amat, Asat) entre producteurs et consommateurs. Le troisième niveau : on vit ensemble consommateurs et consommateurs. Pour lui, l'éco village de la fondation sest sur ce 3ème niveau de conscience; mais il est néanmoins intéressé à réussir le 2ème niveau.
Il souhaite de la part d'URGENCI des réponses concrètes et un suivi des actions en vue de l'implantation effective de ce deuxième niveau, apparemment convaincu d'une voie possible proche de celle des AMAP.
Nous avons en commun élaboré les analyses et surtout les propositions qui suivent.
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4
Analyse, propositions, commentaires |
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Notre analyse :
La sensibilité aux problèmes d'environnement des Hongrois que nous avons rencontrés dans nos réunions et sur le marché est élevée, la multiplicité d'initiatives dans les circuits courts et les initiatives alternatives au modèle le démontrent. Maintenant les témoignages parlent de beaucoup de difficultés et d'échecs, nous avons essayé d'identifier quelques pistes :
- frilosité des consommateurs,
- environnement juridique, contexte historique (récente transition),
- problème de pouvoir d'achat, sensibilité aux prix,
- une niche de marché à forte marge et qui paralyse les autres initiatives et n'est pas facteur de développement
- manque de technicité apparente des producteurs, production "extensive".
Compte tenu des prix, le marché bio de Budapest ne touchera jamais qu'une frange privilégiée de consommateurs, mais il y a une réelle attente de part et d'autre à faire évoluer les modes de distribution. Nos interlocuteurs se sont montrés intéressés, tentés par ce que nous leur décrivions, mais un peu "douchés" par les échecs passés.
Ils pensent que c'est possible mais ils ne savent pas comment faire.
Nos propositions :
Mettre en mouvement le contact déjà existant entre deux hommes, Geza et Gergö, c'est-à-dire un producteur entreprenant et exigeant et un consommateur averti et militant.
- Dans un premier temps, traduire en hongrois des documents utilisés pour la présentation (cités plus haut) et un contrat de distribution AMAP (Laura est prête à le faire, rémunération à mettre au point, elle a l'avantage après 3 jours d'être imprégnée du sens).
- Organiser la venue en France d'une ou mieux de deux personnes (un consommateur et un producteur) pendant respectivement un mois et six mois afin qu'ils voient tous les rouages et les applications concrètes du système pour qu'ils prennent confiance et la transmettent.
- Parallèlement proposer une étude par des universitaires (sociologues, ethnologues…) afin d'analyser les facteurs des échecs actuels par une lecture comparative.
Nos commentaires :
Voyage court et dense. Programme bien adapté sur place grâce aux contacts préparés par Jocelyn. Interlocuteurs de qualité. Compte tenu de l'éventail des questions soulevées, chaque membre du quatuor a pu apporté son témoignage. La diversité de ces apports a été efficace et nécessaire. Cette mission nous a permis également de repréciser entre nous les fondamentaux du système des AMAP.
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