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Mission d'essaimage en Bulgarie
Compte-rendu de la visite en Bulgarie du 5 au 10 décembre 2008

Participants :
Vincent Favreau, producteur, maraîcher à l'Amap des Goganes
Francine Freulon, consommatrice à l'Amap de la Goutte d'Eau

Coordination en France :
Jocelyn Parot, URGENCI

Coordination en Bulgarie :
Dr Stoilko Apostolov, fondation Bioselena

 
1   Objectifs de la mission
 
  • Rencontrer des producteurs bulgares sur leur ferme.
  • Etablir un état des lieux de leur exploitation et de leurs productions
  • Participer à la foire des produits bio organisée par Dr Stoilko Apostolov.
  • Présenter le concept Amap devant un public de consommateurs en présence des producteurs rencontrés.
  • Discuter des aspects techniques, des obstacles et de l'applicabilité en Bulgarie.
  • Planification des prochains pas, visite éventuelle au Printemps 2009.
 
2   Premiers contacts
 
Nous faisons la connaissance de Vanja qui sera notre interprète. Vanja possède une grande facilité de contact et de langage. Elle s'attache à nous faire expliquer le concept AMAP et ce qu'on attend d'elle pour bien s 'imprégner de nos idées. Elle semble avoir la même approche que nous de l'agriculture et de la « malbouffe » et nous sommes confiants quant à notre travail ensemble. Elle connaît des producteurs dans sa région natale. Ceux-ci ne sont pas en bio.

Nous apprenons d'elle qu'il n'y a pas de grosses unités d'exploitations agricoles en Bulgarie. Le pays est pauvre et n'a pas d'argent pour acheter des intrants. Il y a peu de mécanisation. Depuis la chute du communisme, le gouvernement a décidé de rechercher les propriétaires des terres d'avant la première guerre mondiale et de les leur restituer. Ces propriétés sont donc de petite superficie. Les propriétaires ne sont pas tous retrouvés à ce jour, ce qui explique l'état de friches des terres que nous avons traversées depuis Sofia jusqu'à Plovdiv, par exemple. La plaine est nue, vide, les herbes ne sont pas fauchées, la terre est à l'abandon. Nous entendons parler de corruption, de conflit entre Bulgares et Turcs ( historiquement, les Ottomans ont envahi la Bulgarie). La DJA est de 25000€ pour tout nouveau paysan qui s'installe. Des subventions suisses ont été retirées pour cause de corruption.
 
3   Visites de fermes
 
Samedi 6 décembre, nous visitons la ferme expérimentale de l'Université agricole de Plovdiv.
Nous rencontrons Vladislav Popov, directeur du centre Agro-Ecologique et Tanja Kucarova, responsable de la ferme agricole. Vanja assure la traduction en simultané.



La ferme expérimentale est située aux portes de la ville. Elle s'étend sur 64 ha dont 8,5 sont cultivés en bio.
1/3 de la superficie est consacrée aux céréales : blé transformé en pains. Luzerne, tournesol et seigle pour étouffer les mauvaises herbes.
1/3 pour les légumes : haricots, piments, tomates, choux, carottes, oignons,
50% des légumes sont vendus en direct à la ferme, le reste est vendu pour les conserveries.
1/3 pour le verger : abricotiers, pêchers, pruniers, cerisiers, vignes ( raisin de table blanc et noir)
Commercialisation en vente directe avec plus de demande que d'offre mais pas de valorisation bio. Les prix sont les mêmes qu'en conventionnel.

La ferme étant très proche de la ville, il y a de grands risques de vols de légumes et d'animaux. Les animaux ne sont donc plus élevés sur la ferme, ce qui supprime l'apport de déchets organiques, pas de possibilité non plus d'utiliser les volailles pour manger les parasites.

3 personnes travaillent de mars à octobre sur la ferme. A ces 3 personnes, il faut ajouter les étudiants qui y font des stages. Tanja est la jardinière ( référence nationale) qui teste les différentes techniques ( cultures associées, compost, luttes bio - elle ne jure que par le Calendula ! variétés anciennes résistantes, biodynamie etc

Les intervenants de la ferme font des recherches sur les différentes techniques culturales. Ils sont prêts à essayer le concept AMAP. Le concept est connu de Vladislav Popov qui l'a découvert en Hollande. Ils sont sceptiques sur l'avance d'argent prévue à l'engagement. Peu de développement et de conversion en bio des fermes. Peu de références et peu d'informations du public. Défiance. Produits bio réservés à une catégorie Socio-Professionnelle élevée autour de Sofia. L'AMAP pourrait commencer dans un périmètre d'amis autour de la ferme.

 
4   Projet d'Atanas Topalov
 
Nous n'irons pas chez lui parce que nous avons pris du temps à la ferme universitaire.
Ancien professeur et stagiaire de Tanja, installé sur un premier projet avec vente sur les marchés puis vente sur Sofia avec un système de commande de productions pour des communautés étrangères. Les prix, très faibles à l'achat et ne tenant pas compte de la qualité bio, doublaient sur les marchés de Sofia.

Deuxième projet : Ferme autonome avec
  • Elevage de lapins en liberté, poules pondeuses, canards, brebis, chèvres, poissons d'étang.
  • Gîtes : Construction écologique ( paille, installation de panneaux solaires, récupération de l'eau et recyclage des eaux grises etc ) pour des touristes
  • Légumes : 20 variétés différentes. Vente de produits frais et projet de transformation.
  • Silo enterré pour la conservation des légumes racines.
  • Prévision de 7 emplois à plein temps.
  • Le projet serait installé au pied de la montagne, à une altitude de 650m. La période de production est courte. Il faudrait corriger le ph bas de la terre.
Atanas est intéressé par le concept AMAP, bien qu'un peu sceptique. Son projet correspondrait bien à une Amap (diversité). Il est satisfait de nous avoir rencontré, d'avoir pu échanger sur l'éthique, sur les techniques. Il a le sentiment d'être un peu moins isolé.

Un producteur est venu avec Atanas. Ivan Filipov exploite 200ha de semences vendues en magasin et pour l'exportation dont 2,5 ha en semences bio. Ivan, qui habite Plovdiv, sera présent lors de la conférence à Sofia. Sa société s'appelle EIF-91.

 
 

Urgenci
> 1 ESSAIMAGE > Projet EEM > en Bulgarie  
5   Visite de la ferme d'Ivan Tchonlov
 
à Kliment près de Karlovo.

Ivan nous accueille tout d'abord dans sa distillerie de rose et de lavande ( HE et eau de rose et de lavande) . Il cultive des roses sur 15 ha. Les roses sont ramassées par des saisonniers pendant 2 mois environ. 3 tonnes de pétales sont nécessaires pour obtenir 1 litre d'huiles essentielles. La vente pour des labo étrangers est un peu hasardeuse. Une autre activité de la ferme consiste en l'exploitation de la forêt pour le bois de chauffage. Ivan cultive aussi de grandes superficies en céréales ( blé, maïs) peu d'informations sur les débouchés.

Nous étions plus concernés par l'activité maraîchage.
Ivan cultive une petite dizaine de légumes différents sur 2,5ha de terre. La production se concentre sur 6 mois. Les hivers sont très rigoureux et la température peut descendre jusqu'à -20°.
Depuis 3-4 ans, il cultive en bio avec assez peu de moyens de lutte contre les mauvaises herbes. Au début, travail manuel avec des saisonniers puis utilisation de paillage plastique pour diminuer ses coûts de production par deux.
L'année dernière, il a eu une grosse production de tomates qu'il a bien vendue en conserverie puis en vente directe dans les supermarchés. Le contrat n'a pas été renouvelé cette année. Les prix ne sont guère plus élevés qu'en conventionnel pour les ventes en GMS ( Magasins Grandes et Moyennes Surfaces)
Ivan projette de monter des serres et un frigo pour rallonger la période de production ou de vente des légumes.
Un système de vente au panier a déjà été mis en place mais, rendus aux consommateurs, les prix étaient trop élevés et les productions mal calées par rapport à la demande.



Notre description du système AMAP semble intéresser Ivan et sa femme mais les laisse un peu sceptiques. Stoilko, qui nous a rejoint chez Ivan, soulève le problème du paiement à l'avance, sachant que le système du chéquier n'existe pas en Bulgarie ni d'ailleurs dans les autres pays. Comment, dans ces conditions assurer le paiement à l'avance au producteur ?
A la campagne, beaucoup de personnes sinon toutes cultivent un jardin et élèvent quelques animaux, poules, brebis, lapins. Depuis la chute du système communiste, les gens sont moins sûrs de leurs revenus et la confiance les uns envers les autres semble fragile. Ivan et sa femme assurent qu'ils vont contacter des proches autour de Karlovo à 15 km de chez eux.

Autour de Sofia, les espaces semblent pollués par les industries et il y a une pression foncière importante. Depuis la chute du communisme, les anciens propriétaires redemandent leurs biens. Cela donne un morcellement et beaucoup de petites surfaces inexploitables individuellement. Les propriétaires se regroupent en coopératives. Elles-mêmes trop pauvres pour exploiter, les louent à des sociétés privées qui font des regroupements gigantesques de terres. Les fermes peuvent aller jusqu'à 7000 ha dans les plaines de l'Est de la Bulgarie.
 
6   Visite de la Foire bio
 
Organisée par Bioselena et Stoilko au businesspark de Sofia.

La foire est installée dans un parc d'immeubles d'affaires (10 000 employés) C'est le public ciblé par l'exposition des produits biologiques, une vingtaine d'exposants de produits transformés. C'est ce public qui a un niveau de vie suffisant pour s'acheter ces produits bio. Une partie de l'exposition se trouve dans le hall d'un immeuble, près de la cantine, l'autre partie est installée dans les chalets de Noël à l'extérieur.
Stoilko espère un pic de présences entre midi et deux heures pendant la pause déjeuner. La manifestation a fait venir de nombreux médias et des personnalités.

Notre première impression a été que ce public ne semblait pas adapté au concept AMAP, notamment dans sa partie « proximité et soutien à un producteur ».
En goûtant un délicieux yaourt bulgare, nous pensons aussitôt à conforter cette fabrication ancestrale au sein d'une AMAP, d'autant que Stoilko nous explique que le ferment très particulier pour la fabrication de ce yaourt a failli disparaître au profit du yaourt Danone, implanté partout en Bulgarie. Un froid glacial n'incite malheureusement pas le public à sortir visiter les petits chalets de Noël où se vend notamment ce yaourt.

 
7   Présentation du concept AMAP
 
Le mardi 9 décembre au businesspark.

Le matériel audio-visuel dont on a besoin pour visionner le document de présentation n'est pas en état de fonctionnement. Nous nous en passerons donc.
12 personnes présentes à la présentation dont Tanja, responsable de la ferme de l'Université agricole Ivan de Kliment, le producteur de semences et d'autres producteurs que nous n'avions pas rencontrés antérieurement.
Pour les consommateurs, nous reconnaissons Tanja Boydjeieva et nous découvrons deux autres femmes dont nous n'avons pas les coordonnées (Nous avons laissé la liste des présents à Stoilko)
La traduction sera assurée par Vanja pour la première partie et par Stoilko pour la partie des questions posées par les personnes présentes. La présentation a été suivie sur l'écran de l'ordinateur de Vanja. Vanja avait précédemment traduit le ppt, la charte et un exemple de contrat en Bulgare.
Pour chaque diapo, Vincent et moi apportons des explications ou des exemples de notre expérience. 2h30 de témoignages et de questions très précises de la part du public. Deux femmes sont particulièrement intéressées, des responsables d'associations de consommateurs. Ces questions posées nous font peser que ces personnes étaient intéressées pour aller plus loin dans la démarche.



Quelques exemples de questions ou réflexions :

Consommateurs :
  • Que faire pendant les vacances ?
  • Peut-on acheter plus au moment des fêtes ?
  • Peut-on choisir les légumes mis en culture pour la saison ?
  • Comment faire pour le pré-paiement sans chéquier ?
  • Peut-on exiger une analyse de la terre ? une certification ?
  • Comment faire pour éviter la revente des légumes ?
  • Quels sont les problèmes rencontrés en AMAP ?
Producteurs :
  • Comment se positionner par rapport aux normes sanitaires ? transformation du lait par exemple
  • La certification bio est-elle obligatoire ?
  • Quel est le périmètre de recherche de consommateurs par rapport au lieu de distribution ?
  • Comment fait-on avec les autres productions ?
  • Est-ce une AMAP = un producteur ?
  • Comment trouver un tuteur qui travaille gratuitement ?
  • Difficulté à installer une AMAP à la campagne car tout le monde a son jardin ou son mini- réseau.
A la fin de la réunion, nous avons vu des cartes de visite s'échanger entre producteurs et consommateurs. Nous pensons que les deux femmes qui ont posé des questions vont initier quelque chose. L'une d'elle connaît déjà un petit groupe de personnes qui s'est organisé pour commander des produits en commun. Nous partons sur un sentiment positif.
Nous pensons qu'il ne faut pas limiter la recherche de producteurs aux producteurs bio. D'autres petits producteurs pourraient tirer avantage du système (productions diversifiées). En Bulgarie, la production bio est souvent destinée à l'exportation (différente de l'agriculture paysanne).
 
8   Un mot de conclusion
 
Un grand merci à Vanja qui nous a suivis pendant quatre jours et a bien facilité nos déplacements et contacts. Grâce à elle, nous pensons que la barrière de la langue a été effacée et que nos propos ont été bien compris.
Stoilko se démène pour faire connaître les productions bio et pour inciter de plus en plus de producteurs à faire leur conversion en bio et à diversifier leurs productions. Souhaitons que le concept AMAP soit une aide pour eux.

Nous avons annoncé que nous pourrions revenir vers eux au cas où quelque chose se mettrait en place.



Les photos sont visibles en cliquant ici

Vincent Favreau et Francine Freulon