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PREAMBULE
La M3PC…

… une méthodologie proposée par URGENCI où les PLSPC peuvent être les acteurs du progrès vers le bien-être des générations présentes et futures mais aussi de la planète en général.

 

"L'esprit est l'atmosphère de l'âme".

Joseph Joubert

En 2004, 49 milliards de tonnes équivalent CO2 ont été émises dans l'atmosphère. Les sources d'émissions sont multiples:
• les énergies fossiles, 28.7 milliards de tonnes éq CO2
• le méthane CH4, 8.2 milliards de tonnes éq CO2
• la déforestation, 5.6 milliards de tonnes éq CO2
• le protoxyde d'azote N2O, 4.3 milliards de tonnes éq CO2
• le ciment, 1.7 milliard de tonnes éq CO2
• et les gaz fluorés, 0.5 milliard de tonnes éq CO2.

Ces mots nous paraissent peut-être loin de notre quotidien et pourtant, notre quotidien en est imprégné:
• les énergies fossiles, c'est le carburant que l'on met dans notre voiture par exemple
• le méthane, ce sont les émissions des bœufs que nous mangeons en steak
• la déforestation, ce sont les ramettes de papier que nous utilisons à l'imprimante
• le protoxyde d'azote, ce sont les engrais utilisés pour nos céréales
• le ciment, c'est celui de notre nouveau quartier
• et les gaz fluorés, ceux de notre vieux frigidaire...

Sans user de discours moralisateur ou culpabilisant, URGENCI souhaite attirer votre attention sur la nécessité aujourd'hui de réfléchir et freiner nos émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) dans notre quotidien, car, à près de 50 milliards de tonnes équivalent CO2 par an dans la dernière décennie, c'est près de 5 fois plus que ce que la Terre peut absorber que nous émettons!

 
1   Les puits naturels de carbone
 

Regardons le logo d'URGENCI: la feuille. Certains ont peut-être encore des réminiscences de leurs cours de biologie lors desquels nous apprenions ce qu'était la photosynthèse: la feuille d'arbre absorbe le dioxyde de carbone CO2, fabrique de la chlorophylle et émet du dioxygène O2.

Notre planète possède des puits de carbone, à l'image de cette feuille: ce sont les océans, les forêts et les sols. Or, ces puits ne sont pas sans fond: ils ont une capacité d'absorption fluctuante d'année en année, mais qui peut tout de même être ramenée sur une longue période à une valeur à peu près constante de 3 milliards de tonnes de carbone/an c'est-à dire 11 milliards de tonnes équivalent CO2/an.

Il ne faudrait donc pas dépasser cette capacité d'absorption des puits afin de nous autoréguler et de ne pas dérégler complètement le phénomène d'effet de serre. Mais nous avons malheureusement déjà pris plusieurs longueurs d'avance: en 1990, nos émissions étaient déjà le double de ce qu'absorbaient les puits naturels: 22 milliards de tonnes équivalent CO2 et aujourd'hui, nous n'avons eu de cesse d'augmenter nos émissions...

Mais alors quelle serait la valeur limite que chacun devrait avoir en tête pour réguler ses émissions, de façon à ce qu'elles soient absorbées par les puits naturels, et de sorte que son voisin ait la même marge de manœuvre? Le quota de chacun s'arrêterait là où commence celui d'autrui... Cette valeur, ce quota personnel d'émissions de GES serait la capacité limite d'absorption des puits naturels divisée par le nombre d'individus sur Terre.

En suivant ce raisonnement, nous en arrivons alors à diviser 11 milliards de tonnes éq CO2/an par 6.7 milliards d'individus. Cela équivaut à un quota personnel de 1.64 tonne de CO2/an (environ 460 kg de carbone/an) à ne pas dépasser. Attention, il s'agit là d'une moyenne mondiale, ayant considéré le nombre total d'individus sur Terre.

 
2   La démographie
 
Bien sûr, tous les habitants sur la planète n'émettent pas la même quantité de GES, comme le montre le tableau ci-dessous, issu des travaux de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE, 2009):
Emissions brutes de CO par habitant en 2007 provenant des combustibles fossiles, en kg de CO2 par an, sans les puits) et la limite de 1650 kg de CO par personne et par an, si l'objectif est de limiter les émissions mondiales à 11 milliards de tonnes de CO (environ 3 milliards de tonnes de carbone) avec 6,7 milliards d'hommes sur Terre. Pour un Français, les émissions par habitant sont 4 fois plus élevées que ce qu'il aurait le droit d'émettre (1.64 tonne de CO2) en un an. Les Américains émettent environ 10 fois plus qu'ils ne devraient et les Philippins pourraient émettre deux fois plus car ils n'ont pas atteint la limite maximale de leur droit à émettre!... Et il faut aussi considérer ce quota comme étant le résultat d'un calcul basé sur la démographie actuelle (6.7 milliards d'habitants sur Terre), mais si, comme le dit le GIEC(Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat), notre démographie évoluait jusqu'à 9 milliards d'habitants en 2050, notre quota passerait alors à environ 1.2 tonne de CO2/an/habitant, c'est-à-dire 330 kg de carbone/an/habitant!...

 

 
 

Urgenci
> METHODOLOGIE M3PC  
3   La concentration de CO2 dans l'atmosphère
 
Cependant, atteindre et ne plus dépasser ce quota par habitant sur la planète est une chose, mais il faut aussi compter avec la situation actuelle de concentration de CO2 dans l'atmosphère. La concentration est actuellement de 380 ppmv (parties par millions) et si l'on ne freine pas nos émissions, cette concentration ne va pas cesser de croître jusqu'à atteindre et dépasser le seuil critique de 450 ppmv.

D'après le GIEC, c'est à partir de ce seuil que l'augmentation de la température moyenne sur la planète aura dépassé les+2°C, provoquant des effets irrémédiables sur les éco-systèmes, la biodiversité, l'augmentation du niveau des océans, etc.

Toujours d'après le GIEC, ce dépassement du seuil serait en passe d'arriver aux alentours de 2050, en l'absence d'actions drastiques visant à réduire nos émissions de GES. Ces actions ne seraient pas alors de réussir à atteindre le quota de 1.64 tonne de CO2/habitant avant 2050, mais plus difficiles encore: à cause de l'effet retard de l'augmentation de la température par rapport à la concentration en CO2 et parce que nous avons déjà largement empiété sur nos droits à émettre, le GIEC a imaginé divers scenarii de réduction et il apparaît que pour stabiliser la concentration en CO2 dans l'atmosphère avant 2050 à 450 ppmv, nous devrions réduire nos émissions mondiales de 40% d'ici 2020 (pourcentages basés sur les émissions mondiales de 1990), et 50 à 85% en 2050. Cela représente un effort de réduction de 80 à 95% d'ici 2050 pour les pays industrialisés!

Cela équivaut, si l'on prend les émissions mondiales de 1990 de 22 milliards de tonnes de CO2, à un seuil de 13.2 milliards de tonnes de CO2 émises en 2020 (-40%) et 3.3 milliards de tonnes de CO2 émises en 2050 (-85%)!

 
4   L'urgence d'agir
 
Si l'on raisonne en moyenne mondiale par habitant, chacun devrait émettre au maximum 2 tonnes de CO2 par an à l'horizon 2020 et 0.5 tonne/an en 2050! Ceci en ne prenant pas en compte l'augmentation de la démographie... mais si, comme le prévoit le GIEC, notre démographie passe de 6.7 milliards d'habitants sur Terre à 9 milliards en 2050, notre quota passera à 0.36 tonne de CO2/an/habitant, donc 100 kg de carbone/an/habitant...

Nous sommes donc déjà dans l'urgence. Mais par une prise de conscience massive et la mise en marche d'actions disséminées dans le monde entier et co-responsables, nous pouvons restaurer l'équilibre de notre planète et de l'effet de serre, préserver nos ressources naturelles, et ainsi éviter le pire: la disparition de certains éco-systèmes, d'espèces de faune et de flore, de littoraux, ... C'est notre bien-être et celui des générations futures qui est en jeu.
 
5   L'action d'URGENCI
 
URGENCI, réseau regroupant les Partenariats Locaux et Solidaires entre Producteurs et Consommateurs (PLSPC) du type AMAP, CSA, Teikei, …, se positionne en tant qu'acteur parmi d'autres de ce changement de comportement que nous devons opérer.

Les PLSPC sont en effet, de par leurs fondements, des leviers efficaces pour cette marche vers le progrès. Ils permettent:
- d'améliorer le revenu des producteurs et de leur garantir une sécurité financière
- la reconnaissance de leur métier et de leur rôle dans la société
- de créer du lien social
- d'assurer une alimentation fraiche de qualité
- d'abandonner progressivement les insecticides et évoluer vers l'agriculture biologique
- d'abandonner les emballages, les pertes à la récolte, etc.
- de réduire le recours aux énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) et à l''énergie nucléaire en réduisant les distances de transport et par l'abandon des engrais chimiques.
- …

En d'autres termes les PLSPC sont porteurs de progrès vers le bien-être aussi bien des producteurs que des consommateurs, tout préservant les ressources pour le bien-être des générations futures et de la planète.

Diverses expériences existent au sein du réseau URGENCI pour systématiser ce progrès en partenariat. Les plus courantes sont celles qui consistent à accompagner les producteurs dans une évolution vers l'agriculture biologique. Les SPG (Systèmes Participatifs de Garantie) notamment, concept venant de IFOAM, proposent un accompagnement des producteurs par les consommateurs et d'autres partenaires pour évoluer vers une agriculture biologique et garantir ensemble cette évolution. Cependant l'agriculture biologique n'est qu'un aspect du bien-être des agriculteurs et consommateurs. Comme on a pu le voir précédemment, d'autres questions fondamentales se posent, comme par exemple l'utilisation des énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre, qui sont aujourd'hui une question cruciale en termes d'environnement.

Alors comment faire en sorte que les PLSPC puissent être porteurs de plus de progrès vers le bien-être des générations présentes et futures et de la planète?

Et par ailleurs, comment faire en sorte que ces processus de progrès en partenariat soient véritablement porteurs de meilleur être des producteurs et des consommateurs, par exemple en évitant de mettre les producteurs dans des situations où ils ne sont pas en mesure de répondre aux attentes des consommateurs?

Le réseau international URGENCI ne prétend pas apporter de réponse universelle à ces questions mais propose un cadre méthodologique qui donne quelques lignes d'orientation pour aider les PLSPC à mieux développer un progrès ensemble vers le bien-être de tous. Ce cadre méthodologique ne se substitue pas aux expériences en cours, comme les SPG, mais propose un cadre de réflexion plus large dans lequel chacun pourra trouver sa place, y compris ceux qui ne se trouvent actuellement pas en PLSPC. En effet, la présentation de cette méthodologie suscitera peut-être de nouvelles envies et l'émergence de nouveaux partenariats, prêts à progresser ensemble vers un but commun, la préservation de nos ressources naturelles et notre bien-être, générations futures incluses.

Nous vous invitons à découvrir et tester la Méthodologie de Progrès en Partenariat entre Producteurs et Consommateurs (M3PC) d'URGENCI:

Sources: http://www.manicore.com/ et calculs de l'auteur

Auteur: S. Miot